Les amours douloureuses
Présentation
Il y a d’abord la rencontre contingente, insensée, voire miraculeuse, puisqu’elle réunit deux disparates, une femme et un homme, que rien ne destinait à se trouver. Il y avait même là une impossibilité, précise-t-il, sous les espèces d’un ne cesse pas de ne pas s’écrire. La rencontre surmonte cette impossibilité pendant un temps en donnant aux amants l’illusion que le rapport sexuel cesse de ne pas s’écrire. C’est un temps de suspension, de mirage pendant lequel le soleil brille si haut dans le ciel qu’il leur donne une impression d’éternité – justifiant au passage ce dont Balzac fit une espèce d’adage : « Toute passion qui ne se croit pas éternelle est hideuse. »
C’est ensuite que commence le temps des problèmes et de la douleur, parce qu’avec l’éternité, on tourne le dos au réel de l’amour en oubliant qu’il est enfant de bohème, soit fruit du hasard. Les amants entrent alors dans le registre de la nécessité où ils font de leur rencontre non plus un heureux accident, mais une affaire hautement justifiée par les moires de leurs symptômes. La rencontre qui aurait pu ne pas avoir lieu devient alors une nécessité écrite dans les astres – nous étions faits l’un pour l’autre. Cette nécessité se révèle chaque jour qui passe de plus en plus illusoire, les amants ne pouvant faire autrement que de suivre leur pente propre – il fait volontiers le fils tandis qu’elle rêve que son homme soit tellement le sien qu’elle le châtre joyeusement. Cette substitution de la nécessité à la contingence où la négation se déplace, le cesse de ne pas s’écrire devenant ne cesse pas de s’écrire, fait la destinée et le drame de l’amour, remarque Lacan.



