Menu
Événements de l'école
visuel AMP affiche congrès AMP 2020

Report du XIIe congrès de l'AMP en avril 2022

Le rêve. Son interprétation et son usage dans la cure lacanienne

Paris

COMMUNIQUÉ DE LA PRÉSIDENTE

« Le XIIe Congrès de l’AMP, quand, comment aura-t-il lieu ? La question se pose depuis avril 2020, puisqu’il n’ a pu se tenir comme prévu. Pour y répondre, il nous faudra attendre… encore »

Ces mots concluaient, au mois de juin dernier, l’annonce de la parution du Scilicet-Rêve en cinq volumes ! – marquant à la fois la dimension translinguistique de l’Association Mondiale de Psychanalyse (AMP) et le transfert de travail inter-Écoles. Un volume pour chacune des langues de l’AMP. Il s’agissait alors de miser avec force sur la poursuite de notre « travail de rêve », dans cette période si étrange, jusqu’au Congrès reporté au mois de décembre.

Aujourd’hui, une nouvelle décision s’impose, la date de report en décembre s’étant avérée tout à fait risquée en raison de l’évolution de la pandémie. En dépit de la perspective prometteuse d’un vaccin, les voyages n’en demeurent pas moins risqués en 2021 et la responsabilité de l’AMP est, à cet égard, pleinement engagée vis à vis des participants. 

Le Bureau de l’AMP, avec l’accord du Conseil, a pris la décision, au vu de la crise sanitaire et des conséquences que l’on connaît, de ne pas tenir le 12ème Congrès à Buenos Aires. Cette décision a été prise avec la participation active des deux co-directeurs qui ont œuvré sans relâche et accompli un immense travail qui a assurément tracé un sillon dans l’AMP, ce dont le Scilicet-Rêve est le témoignage vivant.

Cessera-t-on de rêver pour autant ? Non ! Ce n’est pas la pandémie, avec toute la gravité qui l’entoure, qui arrêtera l’AMP.

Le prochain Congrès de l’AMP se tiendra à Paris en avril 2022. Il saura accueillir une articulation avec les travaux réalisés pour le Congrès qui devait se tenir à Buenos Aires, c’est pourquoi il sera nommé Congrès 12/13. Silvia Baudini et Fabian Naparstek y prendront une part active au titre de Conseil de ce Congrès.

Les échanges avec Jacques-Alain Miller, qui nous a assurés du privilège de son soutien et d’une disponibilité non-stop pour nous conseiller, nous permettent de compter avec la vision de celui qui a bâti cet édifice AMP. Il lui revient de définir le thème, et c’est avec plaisir qu’il annoncera très bientôt un thème tout neuf pour le Congrès 12/13.

Par avance, nous vous remercions de votre appui inconditionnel pour le Congrès à venir et vous informons que les inscriptions 2020 restent valables pour 2022 !

Je remercie tout spécialement la commission d’organisation du Congrès de Buenos Aires et, par ce moyen, c’est à toute la communauté AMP que va ma gratitude. Merci de votre confiance soutenue.

J’adresse à tous mes vœux les meilleurs pour les temps à venir. Restez prudents !

São Paulo, le 9 septembre 2020
Angelina Harari

 

 

Informations sur le site du congrès de l'AMP : https://congresoamp2020.com/fr/

 

 

Rêvons un peu

Laurent Dupont

 

De quoi demain sera-t-il fait ? Lorsque la pandémie a débuté, tous nous attendions les beaux jours, le virus devait disparaître de lui-même avec l’apparition du soleil. Nous savons aujourd’hui qu’il n’en est rien, qu’il n’en sera rien. Cette hypothèse relevait d’une croyance, une tentative de faire de ce virus un même. Il aurait été comme le virus de la grippe parce que les symptômes étaient les mêmes. Cette tentative d’inscrire l’inconnu, l’innommé, l’inouï dans une chaine signifiante est peut-être la seule fonction réflexe de l’être humain. C’est un réflexe face à la rencontre de l’absence de garantie dans l’Autre. Dans les chapitres XIV, XV et XVI de L’éthique de la psychanalyse[1], Lacan analysera les conséquences de cet énoncé ultime. La simple émergence d’un pur S1 : coronavirus, soit la tentative de nomination d’un réel dont on voit bien qu’elle ne nomme rien du tout, lance la production automatique de S2 qui témoignent surtout de la position de celui qui les produit ou les répète ou les modifie ou les invente. Témoignent surtout de sa tentative de faire avec, d’élaborer, d’élucubrer, une chaine signifiante qui vienne arrimer ce S1 qui, finalement, est resté tout seul à ce jour. Les scientifiques, les médias, les politiques, les populations, tous sommes pris dans une machine signifiante visant à traiter ce hors sens, d’où émergent toutes sortes de vérités contradictoires. Est-ce un problème ? Nous le savons, c’est de structure : la vérité est menteuse, le réel c’est quand on se cogne. Tant que nous ne nous sommes pas cognés ce virus, et quand bien même on se serait cogné, on délire – au sens de Lacan en 1977, on rêve : « Comment faire pour enseigner ce qui ne s’enseigne pas ? Voilà ce dans quoi Freud a cheminé. Il a considéré que rien n’est que rêve, et que tout le monde (si l’on peut dire une pareille expression), tout le monde est fou, c’est-à-dire délirant.[2] ». Un S2 est un rêve, et un rêve est une interprétation. Du virus nous n’avons rien à dire, sauf quand on s’est cogné au réel. Le témoignage d’Un-tout-seul, Jean Daniel Matet, nous enseigne sur le plus singulier d’un sujet aux prises avec le plus radical de son corps hétéros[3] et fait résonner le plus singulier de chaque lecteur. Dans ce témoignage se dit la psychanalyse, un psychanalyste. Le délire est une tentative de guérison disait Freud[4], tentative de faire tenir un moi soumis au morcellement. Non, nous ne savons pas de quoi demain sera fait, mais nous savons que chacun va continuer à rêver, à produire des symptômes, à jouir, à désirer, à faire des lapsus, des actes manqués, à avoir des certitudes, des doutes, à ruminer, à pester, à être malade de sa pensée, à mettre en cause le maître, à lancer des appels au père, à l’Autre qui n’existe pas, bref à délirer. Alors ce qui reste d’actualité pour nous qui nous orientons de la psychanalyse, c’est Freud, c’est Lacan, ce sont les outils qu’ils nous ont donné pour saisir le moment présent. C’est l’orientation lacanienne de Jacques Alain Miller qui nous offre comme boussole le tranchant et la subversion de la psychanalyse. Les thèmes de nos congrès, journées, enseignements, sont articulés dans l’École Une à cela. Pour commencer, le thème du congrès de l’Association Mondiale de Psychanalyse, programmé à Buenos Aires du 14 au 18 décembre 2020 : Le rêve, son usage et son interprétation dans la cure analytique. Nous ne savons pas de quoi demain sera fait, mais nous savons que ce thème est crucial, brûlant d’actualité. Il intéresse quiconque veut s’orienter de la psychanalyse. Mettons ou remettons au travail ce thème dans tous les lieux de soin, dans les délégations régionales de l’ACF, dans l’École, lançons des cartels, produisons des textes, nous leur trouverons un débouché. Car le rêve reste aujourd’hui la voie royale de l’inconscient. Mettre au travail ce thème, c’est mettre au travail un manque de savoir, c’est soutenir notre désir par l’étude de la psychanalyse et dans ce moment, c’est une chance pour chacun. Dans ce numéro d’ECF messager vous trouverez en exclusivité pour l’ECF un texte formidable de la présidente de l’AMP[5] Angelina Harari qui montre que d’autres que nous pensent que les rêves disent quelque chose du temps présent. Alors, rêvons un peu.

 

  • [1] Lacan J., le séminaire, livre VII, L’Éthique de la psychanalyse, texte établit par Jacques-Alain Miller, Seuil, Paris, 1986.
     
  • [2] Lacan J., « Lacan pour Vincennes », Ornicar ?, n°17-18, 1979, p. 278.
     
  • [3] Matet J.-D., « Convoqué ! », Lacan Quotidien, n°880, 17 avril 2020.
     
  • [4] Freud S., « Le président Schreber », Cinq psychanalyses, PUF, mars 1997, p. 315.
     
  • [5] AMP, Association Mondiale de Psychanalyse, regroupant 7 écoles : ECF en France, ELP en Espagne, SLP en Italie, EOL en Argentine, EBP au Brésil, NEL (une partie de l’Amérique du sud et centrale), NLS pour le reste du monde

 

=> Lire la lettre de Angelina Harari : https://www.associationcausefreudienne-mp.com/au-dela-de-l-acf-mp/la-lettre-de-angelina-harari-presidente-de-l-association-mondiale-de

 

Silvia Baudini et Fabián Naparstek
 

̎J’ai quand même le droit, tout comme Freud, de vous faire part de mes rêves. Contrairement à ceux de Freud, ils ne sont pas inspirés par le désir de dormir. C’est plutôt le désir de réveil qui m’agite. Mais enfin, c’est particulier ̎ [1]

C’est de l’année 1900 que date le début de la psychanalyse : Freud publie ̎ L'interprétation des rêves ̎. En 2020, 120 ans plus tard, dans notre orientation - l'orientation lacanienne –nous axons le XIIe Congrès de l'AMP sur ̎ Le rêve. Son interprétation et son usage dans la cure lacanienne ̎. Le rêve au singulier est le rêve qui est lié au rêveur, à un corps qui rêve et qui parle de ce rêve à l’analyste. Le rêve est entendu au singulier, tel que J.-A. Miller le fait valoir au sujet de la traduction de la Traumdeutung de Freud, là où les traducteurs avaient plutôt opté pour une version au pluriel du titre, l'Interprétation des rêves.

Ainsi, le rêve est lié au corps parlant et à ce qui de l’inconscient se vérifie lorsque nous analysons le parlêtre.

C'est dans l'échange entre J.-A. Miller et d'autres collègues que ce thème a surgi[2] ; il caractérise la psychanalyse depuis ses origines, mais soulève aujourd’hui de nouvelles questions. Déjà au Congrès de Rio de Janeiro, J.-A. Miller nous signalait que nous nous étions beaucoup arrêtés sur la question du corps, et pas sur celle de l'inconscient. Eh bien, choisir le rêve nous oriente dans cette direction. Ce thème s’articule également avec l’élaboration que nous produisons d’un congrès à l’autre : Un réel pour le XXIe siècle, Le corps parlant. Sur l’inconscient au XXIe siècle et les Psychoses ordinaires et les autres sous transfert. En même temps, comme l’indique le titre ̎ la cure lacanienne, ̎ il sera question de mettre à ciel ouvert le travail des analystes dans leur pratique. Nous rappelons que La pratique lacanienne avait déjà été le titre du Congrès de Comandatuba et en cette nouvelle occasion, nous avons préféré ne pas reprendre la même formulation.

Nous considérons qu’aborder la pratique par le biais du rêve est une façon de prendre notre époque à rebours. Nous vivons une époque que certains qualifient d’époque de la transparence[3], il y règne une perte de sens, tout est exposé et montré explicitement, effaçant la distinction entre privé et public. Époque dite de la « praxis de la post-privacy »[4]. Cependant, les rêves maintiennent un lien avec le plus intime et se présentent toujours comme énigmatiques pour soi-même et pour les autres. Les rêves ne sont pas transparents ! Les rêves appellent encore l’interprétation. Pour rêver nous fermons toujours les yeux!

Il n'y a pas si longtemps, Christine Angot a surpris ses lecteurs avec le livre Une semaine de vacances.[5] Dans celui-ci, elle "révèle" de la manière la plus explicite, sans voile, la relation incestueuse d'une jeune femme avec son père. J.-A. Miller parlera alors de la joie de l'inconscient[6] devant l'enfer que vit la jeune femme en présence de ce père obsolète et pathogène.[7] ̎ Pourquoi ne part-elle pas en courant? ̎ Pourquoi ne crie-t-elle pas ? Pourquoi ne donne-t-elle pas de coups de pieds ? Pourquoi ne se sauve-t-elle pas? ̎ Parce que le NON, la limite, le frein, ne peuvent venir que de l'inconscient. Le frein sur le père irrépressible surgit de la voie royale de l'inconscient. Le rêve qu’elle raconte, est la limite pour luiElle passe de l’état d’écrasement par son tropisme envers ce père à la joie de l’inconscient, ce qui ne signifie pas une célébration de la jouissance, mais une entrée dans le monde des extravagances du désir. Peut-être que ce petit roman et le commentaire de J.-A. Miller vont permettre de nous orienter dans une époque qui n’est plus celle de Freud, pour suivre la voie du désir singulier qui dit NON au pire, à ce qui du Père pourrait conduire au pire ̎. [8]

En 1911, Freud met en garde les médecins sur l'usage à faire de ̎ L'interprétation des rêves ̎ .[9] Il ne sera jamais légitime de différer l’intérêt d’une l'analyse au profit de l’exhaustivité de l'interprétation du rêve. Un rêve est fait de mots, c'est un texte, et comme tel il est à lire. Selon Lacan, un rêve n'introduit à aucune expérience insondable et on le lit dans ses équivoques de manière anagrammatique.[10] Lacan, dans son dernier enseignement, abandonne la linguistique -Miller dit qu’il cesse de délirer sur la linguistique[11] -c'est-à-dire qu’il cesse de faire de l'ordre symbolique la clé de la psychanalyse[12]. Nous différencions alors dans le rêve ce qui correspond au champ de la fiction œdipienne de ce qui correspond au champ de lalangue. Lacan fait remarquer que si l'analysant ne parle que de ses proches, c'est bien parce qu’ils lui ont appris lalangue.[13]

Dans L’Ouverture de la Section clinique, texte de 1977[14], Lacan nous dit que la clinique psychanalytique devrait consister non seulement à interroger l’analyse, mais également à interroger les analystes, afin qu’ils puissent rendre compte de ce que leur pratique a de hasardeux, ce qui justifie que Freud ait existé[15]. Il met la clinique, la pratique de chacun au-dessus des théories, y compris la sienne. Il dit qu’il a "fait sa contribution"[16], mais il ajoute que ce n'est pas une raison pour en rester là. On peut donc penser que ce Congrès ouvre un espace et un temps propices à interroger le rêve dans ce que chaque pratique a de hasardeux, ainsi que la manière dont à chaque fois le rêve vient rendre compte ou pas d'un réel pour chacun.

La thèse freudienne sur les rêves implique qu’ils sont une réalisation (hallucinatoire) de désirs. À ce propos, on peut isoler trois temps dans l’œuvre de Freud. Un premier temps où tout rêve est une réalisation de désir et par conséquent le rêve est interprétable. Un deuxième temps avec L’Au-delà du principe du plaisir où Freud doit reconnaître l’existence de rêves qui ne sont pas une réalisation de désirs, donc ne sont pas interprétables. Enfin, un troisième temps où Freud dépose les armes et accepte de changer sa thèse centrale sur les rêves. Il ne s’agit plus de l’exception -comme dans L’Au-delà du principe du plaisir-, mais du rêve qui présente une faille. S’il est certain que la limite à l’interprétation du rêve est présente dès le début lorsque Freud postule l’existence de l’ombilic du rêve, dans ce troisième temps il fait un pas de plus. La vision ou la figurabilité considérée comme la transposition des représentions en images est le mécanisme d’une ˝ hallucination inoffensive ˝[17] , et le compromis (la transaction) est le résultat qui permet de traiter le mouvement pulsionnel. À partir de ce point, Freud redéfinit sa thèse centrale et lui- même se charge d’observer qu’il ne s’agit pas d’une exception, mais qu’il y a là une modification structurale. Dans ˝Au delà du principe du plaisir ˝ l’exception se référait aux rêves traumatiques, mais dans ce dernier moment Freud parvient à la déduction que ˝ la fixation inconsciente à un traumatisme semble être au premier rang de ces obstacles à la fonction du rêve ˝ [18].

C'est-à-dire que pour tout sujet présentant une fixation au trauma, le rêve devient ˝ une tentative de réalisation˝[19], qui peut donc échouer . « Alors que le dormeur doit rêver parce que la diminution nocturne du refoulement permet à la poussée de la fixation traumatique de devenir active, le fonctionnement de son travail du rêve(…) peut être mis en échec »[20]. Car la fonction du rêve comme ˝ tout acte psychique de plein droit ˝, c’est de transformer l’épisode traumatique en une réalisation de désir˝[21]. Dans ce sens, le rêve de L’injection faite à Irma met en jeu la présence d’un reste diurne, imprécis, constitué par l’intonation de la voix d’Otto qui continue à résonner. Freud affirme là qu’on rêve pour continuer à travailler et en ce sens, il y a un rapport très étroit entre la fonction du reste et la fonction de la cause. À son tour, Lacan explore ce rêve et rend compte de deux interruptions. D’un côté la vision de la gorge, vision qui angoisse. Face à cela, il se demande : Pourquoi Freud ne se réveille t-il pas? et il signale:˝ il est un dur˝[22]. Dans ce rêve Freud arrive jusqu’ ˝ au fond des choses˝ [23] , mettant en jeu le corps comme corps parlant et jouissant, au-delà du narcissisme, au delà de l’image ou plutôt comme le dit Lacan dans le Séminaire XXIII, ˝ l’image n’est pas sans comporter des affects˝[24]. En un même lieu, Lacan localise le réel, l’angoisse, l’organe sexuel féminin et la mort. Cependant, il s’agit ici d’expliquer que cette vision angoissante ne manque pas de cadre imaginaire sur les limites de l’ouverture de la bouche. D’un autre côté, la deuxième interruption est liée à l’écriture [25] , à la limite même de la parole. ˝ Le rêve qui a culminé une première fois, culmine une deuxième fois à la fin en une formule écrite sur le mur, avec son côté, Manethécel, phares, au-delà de ce qu’on ne peut pas s’empêcher de nommer comme la parole, la rumeur universelle. Comme l’oracle, la formule ne donne aucune réponse à rien ˝[26]. En posant les choses de cette manière, nous trouvons deux limites à une circulation permanente entre le symbolique et l’imaginaire. Pour ce qui est du rêve (iS)[27], nous trouvons des interruptions liées au réveil, et il faudrait vérifier à chaque occasion de quel type d’interruption il s’agit. Mais quand le rêve interprète (sI)[28] il y a une limite appelée l’ombilic. Dans les deux cas la structure du rêve avec son réveil et sa limite permet de repérer une orientation pour la cure.

Comme J.-A.Miller nous le rappelle, le statut de l’inconscient pour Lacan n’est pas ontique mais éthique, il est légitime de penser « Rien à faire…je n’ai rien à espérer de raconter mes rêves et d’essayer de leur donner un sens »[29]. Mais « Il faut qu’il y ait à l’origine, un sujet qui décide ne pas être indifférent au phénomène freudien »[30]. Ne pas être indifférent au phénomène freudien, ce n’est pas la même chose qu’interpréter les rêves à la façon freudienne ; cela veut dire qu'il faut décider d’être analysant et analysant de son propre ne rien vouloir savoir de ça. La position analysante est au-delà de cette légitimité et implique un forçage et une décision. De cette manière, le terme d’usage introduit à un au-delà des fictions de l’être et J.-A. Miller le met au même niveau que le terme de structure. L’usage déstructure le système symbolique pour nous introduire dans le syntagme d’usage logique du sinthome. Il s’agit selon J.-A.Miller, d’une pragmatique supérieure.

De même J.-A. Miller signale [31] qu’il existe des rêves où peut advenir une jouissance qui ne soit pas prise dans la machine fictionnelle, interdictrice ; où la jouissance se présente comme évènement de corps. Ainsi dans certaines psychoses le rêve n’appelle pas à l’interprétation et il peut être une façon d’apaiser la voix insupportable de l’hallucination. Le rêve comme formation de l’inconscient est réglé par la logique interdiction/permission, tel le rêve d’Anna Freud. Là, la jouissance doit être refusée pour être atteinte sur l’échelle inversée de la loi du désir[32]. Mais, quand Lacan pose la jouissance féminine comme modalité de jouissance en tant que telle, il ne s’agit plus d’interdiction ni de permission mais d’événement de corps, elle est opaque car rebelle au sens mais pas à la logique, puisqu'il s’agit d’un réel qui peut se démontrer.

Marie-Hélène Brousse nous invite à examiner les avancées de Lacan de cette manière, puis celles de J.-A. Miller sur l’inconscient réel, en tant que différent de l’inconscient déchiffrable et transférentiel à partir de la perspective du rêve. ˝Comment se présente t-il ce nouveau binaire et quel usage faisons nous dans les cures d’orientation lacanienne à partir de la perspective du rêve ?˝ [33]

L’une bévue, l’unbewusste, pure homophonie, joie de l’inconscient. ˝L’une bévue en appelle à un signifiant qui serait nouveau, pas simplement parce que ce serait un plus, mais parce qu’au lieu d'être contaminé par le sommeil, il déclencherait un réveil˝ [34].

À son tour, Eric Laurent nous propose la distinction entre la formule freudienne, qui soutient que les rêves sont une réalisation de désir, et la formule lacanienne selon laquelle les rêves visent la réalisation du réveil. Un Lacan anti-freudien qui permettrait de déchiffrer le rêve en donnant au terme déchiffrer toute la valeur qu’il peut encore avoir aujourd’hui – pour qu’il devienne un outil du réveil [35]. Il nous indique en même temps que l’état d’éveil permanent n’existe pas ; ce serait la mort. C’est à partir de son usage et pas seulement de son interprétation que le rêve reste en vigueur à l’époque actuelle.

Si chaque Congrès est une hérésie qui fait exister l’Ecole Une [36], nous pensons et nous espérons aussi, que le prochain Congrès contribuera à orienter les analystes dans leur lecture du rêve pour la cure lacanienne d’aujourd’hui.

Traduction: Marga Auré, Maria Luisa Alkorta, Adela Bande-Alcantud, Eliane Calvet, Adriana Campos.

 

 

NOTES

  • 1. Lacan J., La Troisième, La Cause freudienne 79, Navarin Editeur, Paris, 2011, p. 24.
  • 2. Harari A., Santiago J., Rapport du Conseil de l’AMP, février 2019.
  • 3. Byun-Chul Han, La societé de la transparence, Ed. PUF, Paris, 2018.
  • 4. Byun-Chul Han, Ibid., p. 32.
  • 5. Angot, C., Une semaine de vacances. J’ai lu, Flammarion, Paris, 2012 .
  • 6. Miller J-A., Une semaine de vacances, Christine Angot : lecture, in Revue : Nouage / Bulletin de l'ACF Midi-Pyrénées, 06/2015, n°2, p. 23
  • 7. Ibid, p. 20
  • 8. Naparstek F., De lo insoportable del padre a la alegria del inconsciente (Comentario sobre el encuentro de Jacques-Alain Miller con Christine Angot en el Teatro Sorano), in Feminismos. Variaciones y Controversias, COL Grama, Buenos Aires, 2018, p. 48, 49.
  • 9. Feud S., Le maniement de l'interprétation du rêve en psychanalyse, in Oeuvres complètes, vol XI, P.U.F., Paris, 1998, p. 47
  • 10. Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, Paris, Seuil, 1975, p. 88.
  • 11. Miller J.-A., L’orientation lacanienne. Le tout dernier Lacan, enseignement prononcé dans le cadre de l’université Paris VIII, cours du 16 mai 2007, inédit en français.
  • 12. Ibidem.
  • 13. Lacan J., Vers un signifiant nouveau, Ornicar ? 17/18, Paris, Lyse, 1979, p. 13.
  • 14. Lacan J., Ouverture de la Section Clinique, Ornicar ?, Paris, Lyse, 9, 1977, p. 7-14.
  • 15. Ibid., p. 14.
  • 16. Ibidem.
  • 17. Cf. Freud S., Révision de la théorie du rêve. XXIX conférence, in Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, Gallimard, 1984, p. 26.
  • 18. Cf. Ibid., p. 43-44.
  • 19. Cf. Ibid., p.43.
  • 20. Cf. Ibid., p.44.
  • 21. Cf. Ibid., p.44.
  • 22. Lacan J., Le Séminaire, livre II, Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1978, p. 186.
  • 23. Ibid., p. 186.
  • 24. Lacan J., Le Séminaire, livre XXIII, Le sinthome, Paris, Seuil, 2005, p. 149.
  • 25. Lacan J., Le Séminaire, livre II, op.cit. p.190.
  • 26. Ibid., p. 190.
  • 27. Ibid., p. 231.
  • 28. Ibid., p. 184
  • 29. Miller J.-A., ̎Habeas corpus ̎, La Cause du désir 94, Paris, 2016, p.166.
  • 30. Ibid., p. 166.
  • 31. Cf. Miller J.-A., L’orientation lacanienne. L’être et l’Un, enseignement prononcé dans le cadre de l’université Paris VIII, cours du 2 mars 2011, inédit en français.
  • 32. Lacan J., ̎Subversion du sujet et dialectique du désir ̎, Ecrits, Paris, Seuil, 1966, p. 827.
  • 33. Brousse M.-H., Intervention Soirée de l’AMP, ̎ Une nuit de rêve. Vers le XII Congrès de l’AMP ! ̎, ECF–Paris, 28 janvier 2019, inédit.
  • 34. Miller J.-A., L’orientation lacanienne. Le tout dernier Lacan, op.cit., cours du 14 mars 2007, inédit en français.
  • 35. Laurent E., Intervention Soirée de l’AMP, ̎ Une nuit de rêve. Vers le XII Congrès de l’AMP ! ̎, ECF –Paris, 28 janvier 2019, inédit.
  • 36. Laurent E., Ibidem.

 

Lapsus Lire la vidéo
Nouage, le bulletin de l'ACF-MP Lire la vidéo
Calendrier
  • Septembre 2020
    • 01
    • 02
    • 03
    • 04
    • 05
    • 06
    • 07
    • 08
    • 09
    • 10
    • 11
    • 12
    • 13
    • 14
    • 15
    • 16
    • 17
    • 18
    • 19
    • 20
    • 21
    • 22
    • 23
    • 24
    • 25
    • 26
    • 27
    • 28
    • 29
    • 30
  • Octobre 2020
    • 01
    • 02
    • 03
    • 04
    • 05
    • 06
    • 07
    • 08
    • 09
    • 10
    • 11
    • 12
    • 13
    • 14
    • 15
    • 16
    • 17
    • 18
    • 19
    • 20
    • 21
    • 22
    • 23
    • 24
    • 25
    • 26
    • 27
    • 28
    • 29
    • 30
    • 31
  • Novembre 2020
    • 01
    • 02
    • 03
    • 04
    • 05
    • 06
    • 07
    • 08
    • 09
    • 10
    • 11
    • 12
    • 13
    • 14
    • 15
    • 16
    • 17
    • 18
    • 19
    • 20
    • 21
    • 22
    • 23
    • 24
    • 25
    • 26
    • 27
    • 28
    • 29
    • 30
  • Décembre 2020
    • 01
    • 02
    • 03
    • 04
    • 05
    • 06
    • 07
    • 08
    • 09
    • 10
    • 11
    • 12
    • 13
    • 14
    • 15
    • 16
    • 17
    • 18
    • 19
    • 20
    • 21
    • 22
    • 23
    • 24
    • 25
    • 26
    • 27
    • 28
    • 29
    • 30
    • 31
  • Janvier 2021
    • 01
    • 02
    • 03
    • 04
    • 05
    • 06
    • 07
    • 08
    • 09
    • 10
    • 11
    • 12
    • 13
    • 14
    • 15
    • 16
    • 17
    • 18
    • 19
    • 20
    • 21
    • 22
    • 23
    • 24
    • 25
    • 26
    • 27
    • 28
    • 29
    • 30
    • 31
  • Février 2021
    • 01
    • 02
    • 03
    • 04
    • 05
    • 06
    • 07
    • 08
    • 09
    • 10
    • 11
    • 12
    • 13
    • 14
    • 15
    • 16
    • 17
    • 18
    • 19
    • 20
    • 21
    • 22
    • 23
    • 24
    • 25
    • 26
    • 27
    • 28
  • Mars 2021
    • 01
    • 02
    • 03
    • 04
    • 05
    • 06
    • 07
    • 08
    • 09
    • 10
    • 11
    • 12
    • 13
    • 14
    • 15
    • 16
    • 17
    • 18
    • 19
    • 20
    • 21
    • 22
    • 23
    • 24
    • 25
    • 26
    • 27
    • 28
    • 29
    • 30
    • 31
  • Avril 2021
    • 01
    • 02
    • 03
    • 04
    • 05
    • 06
    • 07
    • 08
    • 09
    • 10
    • 11
    • 12
    • 13
    • 14
    • 15
    • 16
    • 17
    • 18
    • 19
    • 20
    • 21
    • 22
    • 23
    • 24
    • 25
    • 26
    • 27
    • 28
    • 29
    • 30
  • Mai 2021
    • 01
    • 02
    • 03
    • 04
    • 05
    • 06
    • 07
    • 08
    • 09
    • 10
    • 11
    • 12
    • 13
    • 14
    • 15
    • 16
    • 17
    • 18
    • 19
    • 20
    • 21
    • 22
    • 23
    • 24
    • 25
    • 26
    • 27
    • 28
    • 29
    • 30
    • 31
  • Juin 2021
    • 01
    • 02
    • 03
    • 04
    • 05
    • 06
    • 07
    • 08
    • 09
    • 10
    • 11
    • 12
    • 13
    • 14
    • 15
    • 16
    • 17
    • 18
    • 19
    • 20
    • 21
    • 22
    • 23
    • 24
    • 25
    • 26
    • 27
    • 28
    • 29
    • 30
  • Juillet 2021
    • 01
    • 02
    • 03
    • 04
    • 05
    • 06
    • 07
    • 08
    • 09
    • 10
    • 11
    • 12
    • 13
    • 14
    • 15
    • 16
    • 17
    • 18
    • 19
    • 20
    • 21
    • 22
    • 23
    • 24
    • 25
    • 26
    • 27
    • 28
    • 29
    • 30
    • 31
  • Août 2021
    • 01
    • 02
    • 03
    • 04
    • 05
    • 06
    • 07
    • 08
    • 09
    • 10
    • 11
    • 12
    • 13
    • 14
    • 15
    • 16
    • 17
    • 18
    • 19
    • 20
    • 21
    • 22
    • 23
    • 24
    • 25
    • 26
    • 27
    • 28
    • 29
    • 30
    • 31